Sortie du Génie du Lieu #2

Le Génie du lieu est un journal d’expression du quartier des lentillères. Il s’agit d’une publication produite par les occupant-e-s des terres de l’ancienne ceinture maraîchère, en lutte contre l’urbanisme local et le bétonnage du quarter de la rue Philippe Guignard à Dijon.

Nous reproduisons ci-après l’édito de ce second numéro, suivi des liens pour télécharger le pdf. Il est toujours possible de télécharger ou lire en ligne le premier numéro. Bonne lecture !

Édito :

Le printemps approche, et avec ses fleurs qui se découvrent, c’est toute la végétation de la Friche qui sort la tête de terre. On prépare la saison à venir (commandes de graines, réparations des outils, etc.) tout en avançant sur des chantiers collectifs : construction de serres, épandage de fumier, aménagement d’un atelier, évacuation des déchets accumulés depuis des années, rebouchage des derniers trous creusés par la mairie l’an dernier… Des parcelles de potagers sont ouvertes par des nouveaux et nouvelles arrivant-e-s…

La saison hivernale aura aussi été l’occasion de discuter de la vie du quartier, de ce qu’on a envie d’y construire et d’y partager, et de vous en faire profiter un peu avec ce deuxième numéro du Génie du Lieu. Depuis maintenant trois ans qu’on est là, on sent que la suite s’annonce riche en légumes, convivialité et résistance.

Puis, on a aussi eu la tête ailleurs. Notamment du côté de Notre-Dame des Landes, près de Nantes. Les expulsions tant médiatisées en octobre dernier des maisons et jardins qui y étaient occupés se sont heurtées à une résistance grandissante, en témoigne la manifestation de réoccupation du 17 novembre qui a réuni près de 40 000 personnes.

Que ce soit à Notre-Dame des Landes, à Dijon, ou ailleurs, nous sommes nombreux-ses à nous organiser pour lutter contre un aménagement du territoire marchand et autoritaire. Nos expériences ne se déroulent pas dans les mêmes contextes, mais nous nous battons contre le même monde. La lutte du quartier des Lentillères, nous percevons dans quelque chose de plus global, de la partager et de l’enrichir au travers des liens qu’elle permet de tisser, localement et ailleurs.

C’est sur cette base là que l’on s’attache à cette feuille de choux. Dans ce deuxième numéro, vous trouverez, entre autres brèves, recette de cuisine et mots croisés, quelques articles autour de réflexions qu’on a envie de partager. Sur ce qu’on vit ici dans le quartier, ou sur la façon dont on perçoit le monde qui nous entoure. Au programme : réflexions sur l’aménagement du territoire et les outils d’investigation institutionnelle du devenir des territoires ; un retour sur les premiers mois d’activité au Jardin des Maraîchers, ferme occupée depuis avril 2012 ; des réflexions autour du caractère agricole des projets que l’on construit sur la friche ; des bribes de vie du quartier…

Lire en ligne le Génie du Lieu #2

– Télécharger le pdf pour lecture : genie_lieu_2-printemps2013-light

Lettre ouverte de Jean-Pierre Koenig à Pierre Pribetich au sujet des Lentillères

Dans un article publié Jeudi 28 mars dans le Bien Public M. Pribetich affirmait à propos des terres maraîchères du quartier des Lentillères : “ces anciennes terres ne devaient pas être si exceptionnelles, sinon les anciens exploitants ne seraient pas partis”. Jean-Pierre Koenig, ancien exploitant de ces terres et actuellement maraïcher bio à Auxonne a répond.

Bonjour,

J’ai lu hier dans votre journal dans l’article consacré au Jardin collectif des Lentillères des propos tenus par M. le Président du Conseil d’administration de la Semaad sur la fertilité des sols du quartier des Lentillères qui m’ont indigné ! Je cite : “ces anciennes terres ne devaient pas être si exceptionnelles, sinon les anciens exploitants ne seraient pas partis”.

Je m’inscris en faux contre ces propos et je ne sais pas d’où M. Pribetich tire sa légitimité comme expert agricole ! Il y a trente ans, j’ai eu la chance de pouvoir m’installer comme jeune maraîcher bio sur un hectare de très bonnes terres maraîchères dans le quartier des Pousssots. Avant moi, s’étaient succédés sur cette parcelle plusieurs générations de maraîchers qui par des apports répétés de fumier de cheval ont enrichi cette terre de façon considérable. Lors de mon installation en 1982, j’ai fait procéder à des analyses de sol qui révélaient un taux de matière organique allant de 6 % à 10 %, ce qui est très important Ce sol très fertile m’a permis de produire pendant plus de vingt ans des légumes bio de grande qualité de façon intensive puisque sur la même parcelle se succédaient jusqu’à trois cultures. Notre production était entièrement vendue sur le marché de Dijon, comme pour beaucoup de jardiniers de la ceinture verte. Ce qui a provoqué notre départ en 2000, n’est absolument pas lié à la qualité du sol du jardin, mais à la nécessité de penser à la pérennité de notre ferme, menacée par les projets d’urbanisme de la ville. Depuis, nous nous sommes réinstallés à Auxonne sur une grande parcelle de terres maraîchères, où nous poursuivons notre activité en bio.

Il y a trois ans, nous avons été enthousiasmés par le projet de jeunes jardiniers voulant reconquérir ces terres laissées à l’abandon après notre départ et les avons soutenus de notre mieux.

Il est indispensable de maintenir au coeur des villes des jardins comme celui du Pot’coll permettant aux habitants du quartier de produire, de façon individuelle ou collective les légumes de leur consommation. Vous avez choisi d’intituler votre projet d’urbanisme  » Eco-quartier des Maraîchers ». Prouvez votre bonne foi en maintenant sur ces terres une vraie activité agricole !

Jean-Pierre Koenig