Sortie du “Génie du Lieu” n°3

couvLe Génie du lieu est un journal d’expression du quartier des lentillère, en lutte contre l’urbanisme local et le bétonnage du quarter de la rue Philippe Guignard à Dijon. Il est écrit a plusieurs par des occupant-e-s du quariter. Le numéro 3 est paru au cours de l’hiver 2014. Le Génie du Lieu est disponible en version papier sur place et dans divers bars à Dijon.  Vous pouvez aussi télécharger la version numerique : genie-lieu3-pour_lecture

 

Édito de ce troisième opus :

Hasard du calendrier ou pas, le 3ème opus de notre journal du quartier des Lentillères sort en pleine campagne pour la conquête de la ville de Dijon : pourtant, nous ne nous faisons pas d’illusions sur la volonté d’écoute des candidats des deux partis majoritaires à l’égard de ce qui se crée sur le quartier.  Le spectacle de catch qui nous est offert cache difficilement que, quoiqu’il arrive, ce sont bien les logiques de contrôle et de rentabilité qui gagnent à la fin. Cet état de fait ne nous empêchera pas d’agir : nous comptons bien profiter de cette période de rencontre obligée du petit peuple par les élites politiques pour perturber leur mécanique bien huilée.

A commencer par le candidat de la droite locale, qui fustige dans son document de campagne le « bétonnage de notre ville » et promet « un moratoire sur les constructions_». Ne nous leurrons pas, la droite dijonnaise est allergique à la mixité sociale et craint donc la réalisation de nouveaux quartiers comprenant des logements sociaux : peu de chances que ces gens là apprécient l’occupation illégale de la friche des Lentillères et les solidarités qui s’y créent, notamment en soutien des précaires ou des sans-papiers…

Quant au maire sortant, il ne vaut pas mieux : nous irons lui rappeler notre existence lors de réunions publiques, puisqu’il feint d’ignorer ce qui se passe sur le quartier, malgré notre demande de rencontre datant de septembre 2011, cosignée par 22 associations amies. Enfin, ignorer, pas vraiment : il a bien envoyé plusieurs fois des buldozers sur la friche pour détruire – en vain – notre dynamique. Peut-être rétorquera-t-il que le préfet a déclaré son projet de bétonnage écologique d’utilité publique. Il faut dire que l’enquête publique a été rondement orchestrée par un commissaire enquêteur aux ordres, abonné aux « avis favorables »  qui a su valeureusement ne tenir compte d’aucune des remarques apportées par les habitants du quartier ayant participé. Et ce n’est pas l’achat du domaine de la Cras (voir brève) qui suffira à compenser la destruction des terres fertiles sur lesquelles nous jardinons et vivons.

Vous trouverez dans ce nouveau numéro, entre autres brèves de comptoir, recettes et mots croisés, nos réflexions sur la futuriste mais néanmoins « réaliste » agriculture verticale, stade ultime de l’élimination des paysans, ou encore sur le délire de la prévention situationnelle, déjà bien implantée à Dijon. Nous y opposons ce qui se construit ici comme rapports de solidarité, réappropriation de savoirs manuels et échanges gratuits ou à prix libre : nous partageons donc les dernières nouvelles du – toujours plus populaire – marché  hebdomadaire des Lentillères, ainsi que les bons mots croustillants des nouveaux et nouvelles arrivant-e-s sur la friche. Et pour finir, une voisine reliera ce qui se passe dans sa rue à divers mouvements d’urbanisme populaire pas si lointains.

Bonne lecture, et rendez-vous au jardin ou dans la rue pour leur montrer, quoi qu’ils en disent, que le sort du quartier est loin d’être joué !

Le quartier des Lentillères répond aux annonces de M. Rebsamen

Cela fait déjà 4 ans que la friche du quartier des Lentillères est occupée. Jusqu’alors et malgré un  développement croissant du nombre de jardins et des activités, la Mairie a refusé tout échange et toute remise en cause de son projet d’éco-quartier de 21 ha comprenant les 6 ha de terres maraîchères occupées. Les actions et initiatives de communication se sont multipliées de notre côté pendant l’enquête publique et la campagne électorale. Le 8 mars, une manifestation de solidarité a rassemblé plus de 600 personnes dans une ambiance festive et déterminée. La Mairie semble aujourd’hui prête à tenir enfin compte de l’avis d’un nombre croissant de dijonnai-se-s attaché-e-s à ce qui se vit et se cultive aux Lentillères. A la veille du second tour, M. Rebsamen a en effet donné une interview à Radio campus et au Miroir Mag dans laquelle il annonce que les 6 ha de terres occupées et cultivées pourraient finalement être « préservés » [1].

Nous nous réjouissons que l’ex et futur maire de Dijon s’accorde enfin sur le fait que ces terres sont “bonnes”, ce qu’il avait catégoriquement nié jusqu’alors. Il est vrai qu’en les cultivant depuis bientôt 4 ans le constat était simple à faire pour nous, de même que pour les ami-es maraîchers nous ayant précédé-es ! [2]

Le Maire avance cependant qu’il veut mettre fin au caractère “sauvage” de l’occupation et demande à ce que se constituent “des associations agréées, des jardins partagés et des associations de maraîchers qui gèrent cette terre”. Dans le même temps, il insinue que les terres ne seraient pas bien entretenues et que les jardinier-e-s présent-e-s sur la friche ne travailleraient pas suffisamment, ne proposant soit disant que de maigres cagettes avec “6 tomates et 4 pommes de terre”. Nous ne le savions pas expert agronome, ni que lui ou ses conseillers étaient venus voir si le marché était bien achalandé ou si les récoltes étaient bonnes.

Qu’il se rassure cependant ! Association ou pas, le “quartier des Lentillères”, c’est déjà des dizaines de jardins partagés en petits groupes, en famille, entre amis ou en grand collectif. Et de nouvelles personnes en quête d’espaces de jardinage arrivent chaque semaine. Depuis deux ans, le marché hebdomadaire offre les mois d’été de bons légumes accessibles à tous et toutes, en distribution directe et à prix libre. Les terres sont bien entretenues, et enrichies qui plus est, alors que la mairie avait choisi de les laisser en friche puis d’y creuser des trous béants pour empêcher qu’elles soient cultivées.

Au-delà des jardins, cette ancienne friche aujourd’hui connue à Dijon comme le “quartier libre des lentillères”, c’est aussi des espaces de fête, de réunion, d’ auto-formation, d’accueil d’écoliers ou d’étudiants, d’apiculture, de menuiserie, d’arts, d’ateliers, de vie et d’habitat… ou simplement de bal(l)ades, C’est un melting pot social et culturel, catalyseur de rencontres et de liens entre des centaines de personnes du quartier, de Dijon ou d’ailleurs. C’est un espace collectif et non-marchand précieux au sein d’un univers urbain toujours plus aseptisé, sécurisé et rentable. Nous ferons en sorte que le quartier des Lentillères conserve cette singularité.

De ce fait, les individus et collectifs qui construisent le quartier et y cultivent n’entendent pas être remplacés par des maraîchers professionnels ou des structures “hors-sol” parachutées par la Mairie. Le fait que celle-ci semble envisager aujourd’hui de reformater son projet de quartier et de préserver les 6ha de friches maraîchères peut apparaître comme un bon signe pour tous/tes les amoureux-ses des lentillères. Mais il ne s’agit pas, dans le même temps, de la laisser gommer l’autonomie et la liberté singulière qui font la force de ce qui se construit ici depuis 4 ans. Nous allons donc continuer à renforcer l’existant, développer de nouveaux projets et assurer la pérénnité du “quartier libre des lentillères” avec toutes celles et ceux qui le souhaitent.

L’assemblée de quartier des Lentillères

Pour télécharger la version tract de ce texte : reponserebs

[1] Voir retranscription complète ici : https://jardindesmaraichers.potager.org/?p=582

[2] Voir la lettre ouverte de Jean-Pierre Koenig en réponse à Pierre Pribetich : http://jardindesmaraichers.potager.org/?p=587

18, 19, 20 et 21 avril – Fête du quartier des Lentillères !

18 – 19 – 20 et 21 avril 2014
Fête du quartier des Lentillères !
4e anniversaire de l’occupation du Pot’col’le

arbre copie
Edito :

En mars 2014 a eu lieu le 4ème anniversaire de l’occupation de la friche
des lentillères. Au départ était créé un potager collectif regroupant
une quarantaine de personnes. Depuis, ce potager collectif a été
rejoint par de nombreuses autres dynamiques (petits jardins partagés,
ferme maraîchère, habitats, salle des fêtes, snack-friche pour des
goûters, projections et discussions, assemblées de quartier, marché
hebdomadaire pendant les beaux jours, ruches, etc…) Aujourd’hui, ce
sont des dizaines de personnes qui participent et s’impliquent dans le
quotidien de ce bout de quartier, en y cultivant des légumes et de la
contestation, du farniente ou d’autres façons de vivre et travailler.
Quels que soient les projets de la municipalité sur ce site, c’est cette
énergie commune que nous souhaitons densifier, en dehors des sentiers
battus, et de la course au pouvoir ou aux urnes. Nous voulons que le
“quartier libre des lentillères” continue à s’organiser librement et que
s’y multiplient des expériences collectives à contre-courant des schémas
de domination et d’exploitation. Nous vous invitons à nous rejoindre
pour partager cet enthousiasme à construire nos vies ensemble, lutter et
créer pour renforcer ce qui se déploie ici.

Ce week-end des 18, 19, 20 et 21 avril est une occasion pour passer dans
le quartier, venir partager un moment autour d’une bêche, d’un concert
ou d’une assiette ; venir découvrir les différents espaces de ce lieu,
participer à des ateliers ou des chantiers, vivre un moment ensemble
pour célébrer l’existence d’un tel endroit et réexprimer notre volonté
de le voir se perénniser face aux projets d’urbanisme qui le menacent
toujours. Ce week-end est une invitation à imaginer collectivement une
foule de nouveaux projets, et si le coeur vous en dit, à vous investir
dans le devenir du quartier !

Ateliers et chantiers sur le week-end

Chantier parc de quartier – amphithéâtre

De la dévastation municipale à la création d’un espace pour tous et
toutes. A partir de samedi 11h et pendant les deux jours.

Les derniers trous creusés par les tractopelles envoyées  par la mairie
il y a deux ans sont rebouchés ! Reste maintenant à faire  de ce lieu un
parc public agréable ouvert à tous-tes les jardinier-ères  et
promeneurs-euses de la friche. Au programme donc, évacuation des déchets
et gravats, terrassement, plantation d’arbres et de jachères fleuries,
construction d’un amphithéâtre sur les ruines de la villa pour les
spectacles les plus fous.

Vendredi 18 avril

19h apéro -repas

20h30 – “Le réfractaire” – Collectif 1984 – (théâtre-action – Bruxelles)
Un 1811, un jeune villageois refuse de se soumettre au recrutement dans
l’armée napoléonienne. Il part se cacher dans l’anfractuosité d’une
falaise.

Labrats bugband (Hiphop pirate, 3 mc’s et 3 dj’s en fusion –
Lausanne)

Syndrome  wpw (performance electro-punk, danses, névroses et joie
de vivre – Saint-étienne)

Toys’r’noise (bruits ludiques avec des ressorts, de vieilles
cassettes et des décollages de fusée – lille)

Samedi 19 avril

10h – Accueil de nouveaux-elles jardinier-e-s et mise en place de
nouvelles parcelles

Avis  à tous celle-eux qui n’ont pas encore leur lopin de terre aux
lentillères ! Ramène ta fraise sur la friche, sors ta bêche et ta pêche.
Viens avec tes plants prêts à repiquer, tu trouveras bien un petit
potager ou un grand auquel participer!  Mais si le jardinage collectif
t’interesses tu seras bien venu-e aussi au Pot’Col’Le où tu pourras
apprendre, partager et récolter avec les autres potagistes.

A partir de 14h30

– Accueil d’animaux le long de la voie ferrée

–  Balade botanique autour des plantes comestibles et médicinales des
jardins – 16h

–  Balades de découverte du quartier

–  Mosaïque

–  Sérigraphie – sérigraphie d’un dessin sur textile : amène ton
t-shirt et fabrication d’un abécédaire sur l’urbanisme

– Vannerie et construction d’un bateau en osier sur plantes
arômatiques

17h – Présentation/discussion sur l’historique et l’avenir du quartier
des Lentillères.

A partir de 19h repas et soirée :

Court-métrages d’animation Do It Yourself

Utopia  (punk musette – Strasbourg)

Le fond de l’air effraie  (folk cold wave – Strasbourg)

Honolulu (hawaïan emotronic-indiesurf – Strasbourg)

BOUM et danses tant que la lune brille !

Dimanche 20 avril

A partir de 13h30

– Découverte des ruches

– Atelier “peignons la friche”

15h – Grand jeu – Tous et toutes en piste !

17h – Wassersky : duo de chants traditionnels russes et autres tubes –
guitare et accordéon.

20h – Snack-Friche : Projection de “Lutter… ici et maintenant !”,
film-documentaire de Philippe Roizès sur l’histoire des luttes autonomes
en France depuis 1968 ; suivie d’un débat avec le réalisateur.

Lundi 21 avril

Allez, un peu de rab avec des jeux de jardin et chantiers qui
continuent…

Rebsamen : “Donc il y a des terres qui sont de bonnes terres, tout le monde en convient. Ces terres, on va les protéger”.

Il y a presque 4 an, Rebsamen, à propose des Lentillères, déclarait lors
une conférence de presse [1] : « Tout est pollué dans le coin mais enfin
bon, ils mangent les légumes qu’ils veulent manger ». En 2013, Pierre
Pribetich, pas à une bêtise près, s’adonne lui aussi à l’exercice : «
Ces anciennes terres ne devaient pas être si exceptionnelles, sinon les
anciens exploitants ne seraient pas partis » [2].
Toujours en 2013, Rebsamen en remet une couche : « Certains cultivent
aujourd’hui des produits sur des terres qui sont peut être riches, mais
surtout riches de produits inconnus car ils n’ont pas été dépollué ». [3]

Aujourd’hui, il déclare : « Donc il y a des terres qui sont de bonnes
terres, tout le monde en convient. Ces terres, on va les protéger ».

Vous trouverez ci dessous la retranscription de l’interview dans
laquelle il tient ces propos, réalisée par Radios Campus Dijon et Miroir
Mag  le 28 mars [4].

[1] http://www.brassicanigra.org/contributions/communique-jeudi-8-juillet-la-mairie-de-dijon-fait-expulser-et-detruire-la-villa-autour-du-potager-collectif-des-lentilleres.html
[2] http://jardindesmaraichers.potager.org/?p=587
[3] http://dijon-ecolo.blogspot.fr/2013/10/lentilleres-ecocite-maraichers.html
[4] http://www.miroir-mag.fr/16685-francois-rebsamen-ps-nous-sommes-la-gauche-et-nous-ne-pouvons-pas-oublier-de-parler-aux-gens-qui-souffrent/

[…]

Donc vous plantez une forêt et dans le même temps vous souhaitez
détruire des jardins, dans le secteur des anciens abattoirs. Il n’y a
pas comme une contradiction ?

C’est un vrai sujet. Vous avez remarqué que Monsieur Houpert est
favorable au maintien des jardins des Lentillères. Mais il ne sait pas
que ce sont les mêmes qui sont gérants des Tanneries.

Enfin, en partie.

Oui, je les rencontre souvent, je les connais, de manière volontaire ou
involontaire. Ils s’invitent souvent à mes réunions. On se connaît.
Parce que moi j’ai proposé de reloger la salle des tanneries ailleurs.

On en a déjà parlé la semaine dernière.

Je l’ai assumé. Bon, six hectares. On estime à 6 ha. Alors, ce qu’on va
faire, c’est assez simple. Sur un projet de 20ha qui s’appelle « Jardin
des maraichers », éco-cité « Jardin des Maraîchers », on va construire
un éco-quartier-jardin. Donc il y a des terres qui sont de bonnes
terres, tout le monde en convient. Ces terres, on va les protéger. Sur
la partie des Abattoirs, ça fait 11ha, on va construire parce que c’est
pollué. Le long de la voie ferrée, on va sonder, on va vérifier la
qualité de la terre.

Pollution / pas pollution…

Exactement. Puis, si il y a des terres à conserver, on va les conserver.
Mais on va pas faire de l’occupation sauvage, j’en suis désolé pour ceux
qui le font aujourd’hui, je leur ai dit. Il y a des associations de
maraîchers mais à ce moment là on devient cultivateur, on est maraîcher,
on paye une taxe en tant que maraîcher, on fait des AMAP, on a des
circuits courts, mais c’est pas « j’arrive avec ma cagette et dedans il
y a 6 tomates et 4 pommes de terre ». C’est pour ça que j’ai conseillé à
tout le monde d’aller acheter là-bas, puisqu’ils disent vendre leur
légumes. Allez-y, dijonnais, étudiants, allez acheter là bas et voyez
comment c’est cultivé. Moi je souhaite que ce soit des associations
agrées, des jardins partagés et des associations de maraîchers qui
gèrent cette terre. Voilà, si il faut revoir le projet, on reverra le
projet.

Je voudrais juste dire, excusez moi. Quand on est cultivateur, on est
cultivateur. On est pas cultivateur 2h par jour, on entretient la terre.

Ils le font, ils le font, c’est très bien entretenu…

Très bien, très bien…