Les animaux des Lentillères #1

Déco quartier contre l’écoquartier

Au début de l’été, lors du chantier collectif des Lentillères, une dizaine d’animaux sauvages sont immortalisés sur le mur de la voie de chemin de fer dans le cadre de l’atelier déco-quartier. Pendant quelques jours, de nombreuses petites mains, armées de pinceaux, d’échelles, de créativité et de patience, s’activent pour réintroduire girafe, pieuvre, éléphant, ouranoutan, autruche… à Dijon. Prestance noir et blanc, masques de mosaiques, ces animaux viennent semer le trouble dans cette rue abandonnée aux aléas du temps. Cette fresque contribue à marquer notre présence dans cette rue traversée par les migrations pendulaires, et sur laquelle l’automobiliste non averti poursuit parfois sa route sans se rendre compte que la vie grouille derrière les murs délavés voir éffondrés… La création de cette fresque ne s’est pas faite sans encombre. Si les premiers coups de crayon furent tranquilles, rapidement, des tournées de flics vinrent rendre la tâche plus difficile. Un premier coup de pression fut désarmorcé, mais lors du second passage, les artistes en herbe se replièrent sur la friche. Ayant du réagir promptement, une échelle fut perdue dans la mêlée, embarquée par les forces de l’ordre pour être interrogée place Suquet. A partir de là,  il s’avéra nécessaire de poster des guets de chaque coté de la rue pour annoncer les passages de flics. Cette méthode connue un franc succès, en témoigne l’avancée de la fresque dans les jours qui suivirent…

La mairie contre attaque

Avant meme d’être terminée, la fresque distillait déjà de la gaiété et un esprit de convivialité dans la rue Philippe Guignard. Visible de loin, elle suscita rapidement l’enthousiasme du voisinage, des usagers de la friche, des personnes fréquentant le marché. Cette fresque marquait la prise du quartier, son annexion complète : prendre la rue et les murs, c’est affirmer une fois de plus qu’on ne laissera pas le quartier à la mairie, que nous ne nous laisserons pas couler sous le béton pour laisser place à un espace social écoaseptisé et écoquadrillé.

Comme nous pouvions nous y attendre, l’offensive de la mairie ne s’est pas faite attendre. Un matin à 8h, l’entreprise le Signe de L’Environnement accompagnée par un sbire de la mairie fait résonner son compresseur et se lance dans la destruction de la fresque.
Quelques personnes averties par le bruit galopant de l’aseptisation tentèrent d’empêcher le forfait. Ne pouvant pas débuter sereinement l’opération de nettoyage, il fallut moins de 5 minutes pour que la cavalerie municipale ne débarque : 3 voitures et 2 motos, girophares et sirènes en bonus, furent nécessaire pour sécuriser l’opération de nettoyage. L’option sableuse s’avérant de longue haleine, il fut choisi de recouvrir la fresque avec de la peinture. Moins discrète, mais tellement plus efficace, cette méthode permit à la mairie de détruire la fresque en moins d’une journée de travail, ce vendredi 19 juillet. La police, quant à elle, resta plantée là toute la journée…

Rien ne doit dépasser !

Bien que particulièrement ridicule, la mairie n’est pas à sa première opération visant à lisser la vie du quartier. Depuis 3 ans que nous occupons les maisons et les terres des lentillères, nous avons régulièrement subi les assauts de la municipalité et des services de nettoyage.
Fresques, graffitis potagers et messages politiques [X] furent régulièrement repeints en gris, comme la couleur des murs abandonnés, afin de nous empêcher de visibiliser l’occupation et de laisser transparaitre le moindre contenu politique de cette lutte. Si elle tolère malgré elle la vie du quartier, rien ne doit transparaitre hors de la friche. La municipalité, au travers de sa politique, a mis des années pour que le quartier soit abandonné et pouvoir ainsi brandir la carte de la nécessaire rénovation urbaine. Pour mener à bien ces objectifs, l’abandon apparent du quartier doit rester de mise. Tout doit être lisse, gris et aspetisé dans la rue Philippe Guignard. L’émulation sociale de la friche doit rester cantonée aux jardins.

De manière générale, la mairie réprime toute expression artistique populaire, non controlée par elle, qui sort du cadre. La rue est un espace de circulation, et non un espace d’expression. Si elle poursuit sa politique d’engrisement des murs avec un zèle tel, c’est bien pour faire comprendre cela à tout à chacun-e. Cela ne l’empeche pas de payer à l’occasion un collectif de graffeur pour élaborer des fresques municipales là ou elle l’aura décidé.
Face a cette vision aseptisée de la ville, nous continuerons à égayer les rues du quartier des Lentillères. La mairie, au fil des couches de peinture nécessaires pour aseptisé le quartier, se complait dans l’absurdité de son action. Badauds, jardinier-e-s, habitant-e-s du quartier et de la ville fréquentant le marché… des dizaines de personnes peuvent constater au fil des semaines l’énergie déployée et l’acharnement ridicule dont fait preuve la mairie pour contenir tant bien que mal le bouillonnement du quartier des lentillères. En se mettant ainsi en scène, elle met en évidence l’absurdité de son action, bien mieux que n’importe quel discours…

Ca se passe dans la rue Philippe Guignard, et depuis cette première offensive, les fresques apparaissent aussi vite qu’elles sont effacées !

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